Au paradis des ânes

Nos ânes au paradis...

La vie du refuge est rythmée par l'évolution des ânes qui arrivent chez nous. C'est toujours très agréable.

Il est fort émouvant et gratifiant de voir un âne, arrivé au refuge dans un état pitoyable, retrouver la forme et gambader en prairie parmi ses congénères. Parfois, c'est un âne au comportement très difficile à cause de son vécu qui, un jour, nous accorde sa confiance. Il devient alors sociable et agréable à vivre. Tout cela, nous fait plaisir et nous réchauffe le cœur.

Malheureusement, il peut parfois arriver que l'état de l'âne soit tel que, malgré nos efforts, nous le perdons à jamais. Parfois, c'est tout simplement la vieillesse. La perte d'un âne fait donc aussi partie de la vie d'un refuge. Ce sont des moments très pénibles car nous nous investissons beaucoup pour leur bien-être et ils comptent énormément pour nous. Ils font réellement partie de notre vie.

Mais, nous devons surtout retenir une chose ! Depuis leur arrivée au refuge, ils auront au moins eu la possibilité de vivre paisiblement et de bénéficier de soins adéquats pendant un laps de temps plus ou moins long. Nous aurons donc pu leur offrir une vie ou au minimum une fin de vie heureuse.

 

Ils ont partagé notre quotidien et rejoint le paradis des ânes :

Ghus le 21 juillet 2008

Fripouille le 01 avril 2009

Nanesse le 28 juillet 2013

Prunelle le 29 mars 2014

Réglisse le 31 mars 2016

Salivia le 17 mai 2017

Cannelle le 2 juin 2017

Victor le 10 janvier 2018

 

 
   

 

Ghus a rejoint le paradis des ânes le 21 juillet 2008

Il y a quelque temps, j'arrivais à l'Oasis des Ânes. Je n'étais pas commode. J'étais plutôt Ghus, la terreur. Je ruais beaucoup, je voulais faire mal aux humains, eux qui m'avaient tant fait souffrir.

Un jour, l'Oasis a changé d'adresse. C'est ainsi que je suis arrivé à Bombaye. Quel changement ! J'avais devant moi un paysage immense, enchanteur, des champs, des prairies qui changeaient à chaque saison. La vie ici était très douce. La journée commençait par des câlins et des carottes. Les personnes qui m'entouraient étaient très calmes, elles me comprenaient. Muriel m'appelait même « Mon Pèpère ». Je me suis assagi. J'avais compris que tous les hommes n'étaient pas comme ceux que j'avais connu auparavant. A force de gentillesse et de persévérance, Muriel et son mari, Jean, ont même pu me faire les pieds régulièrement sans que je m'énerve. J'avoue que j'appréciais même.

Deux fois par mois, nous avions des visiteurs extérieurs. Les personnes se méfiaient un peu de moi mais j'étais quand même admiré. Le groupe s'agrandissait de temps en temps.

Un jour, j'ai vu arriver Chourique. Je suis tombé amoureux d'elle. Je devais la protéger car elle avait de gros problèmes aux pieds. Nous formions vraiment un joli couple. Toujours l'un à côté de l'autre, c'est ce qu'on appelle le grand amour.

Et puis, la fatalité. Ce 20 juillet, j'ai eu un problème. Tout le monde s'est mobilisé pour me faire marcher. J'ai entendu parler de coliques, mais moi je savais… j'apercevais déjà la porte d'entrée du « Paradis des Ânes ». Muriel, comme d'habitude, a appelé le vétérinaire qui m'a examiné et m'a fait une piqûre. Ensuite, j'ai pu aller retrouver ma Chourique (en chemin, j'ai même rué vers Jacques, je devais garder mon renom). Muriel venait me voir sans cesse et me parler (au fond d'elle même elle avait compris que j'étais en fin de vie mais elle gardait un espoir). Vers 3 heures du matin, j'étais très las, très fatigué et c'est paisiblement et rassuré que je me suis endormi pour aller rejoindre le « Paradis des Ânes ». Je quitte ma Chourique mais je sais qu'elle est très bien entourée et soignée.

Et vous, les copains, profitez de la chance d'être à l'Oasis des Ânes. Je veux remercier Muriel pour sa douceur, sa patience et ses mots tendres. Merci à tous, grâce à vous, la fin de mon histoire a été pleine de bonheur.

Du « Paradis des Ânes » où je vis maintenant, je vous vois et je veille sur vous.

Ghus
(sous la triste plume de marraine Simone)

 

   

 

Fripouille, arrivée depuis peu de temps au refuge en compagnie de son fils Picotin (voir rubrique nos ânes au refuge), s'est envolée pour le paradis des ânes le 01/04/09.

Tout a commencé le dimanche 29 mars. Le matin, elle a mangé et elle avait un comportement tout à fait normal. Dans l'après-midi, en prairie, elle avait tendance à se coucher un peu trop souvent à mon goût. A mon approche, elle se relevait et trottait plus loin (c'était une ânesse très farouche et qui n'appréciait pas le contact).

Le soir, au moment de rentrer dans le box, mes doutes se sont confirmés et j'ai appelé le vétérinaire en urgence pour cause de coliques. Son diagnostic a été clair et pas très encourageant. Après administration de médicaments, il a été convenu que si aucune amélioration n'avait lieu durant la nuit, elle devait être transférée en clinique. Son état durant la nuit ne s'est heureusement pas détérioré mais il ne s'est nullement amélioré non plus.

Le lundi matin, elle était transférée à la Clinique vétérinaire de Liège (Sart-Tilman). Après examen et échographie, les résultats ne se sont pas faits attendre et ont confirmé la gravité de la situation… déplacement du gros intestin.

Elle a été placée sous baxter afin de la réhydrater car, depuis la veille au soir, elle refusait de manger et de boire. Un traitement lui a également été administré ainsi que des anti-douleurs.

Son état est alors resté stable mais sans aucune amélioration jusqu'au mercredi où son état s'est fortement aggravé. Les vétérinaires de la clinique ont alors conseillé de l'euthanasier afin de lui éviter des souffrances supplémentaires, ses chances de survie étant pratiquement nulles.

Elle nous a donc quitté le 01/04/09. L'autopsie n'a rien révélé de plus. Dans ce cas, on se sent bien impuissant face à la situation mais on n'aurait rien pu faire de plus. Tout ce qui devait être fait a été fait et le problème a été vu tout de suite. Cela fait aussi malheureusement partie de la vie d'un refuge.

J'en profite pour rappeler à tous les propriétaires d'ânes que l'âne n'est pas du tout démonstratif quand il souffre de quelque chose et que seule votre attention de chaque instant peut le sauver quand c'est possible. Contrairement au cheval qui montre beaucoup plus les signes de douleur, même de graves coliques comme c'était le cas ici sont difficiles à déceler chez un âne. Il faut bien connaître son âne et l'observer le plus souvent possible. Le moindre petit changement de comportement doit vous mettre « la puce à l'oreille ». Rien n'est jamais très franc chez l'âne mais, en cas de doute, il vaut mieux appeler le vétérinaire une fois de trop qu'une fois trop peu.

 

   


Nanesse nous a quittés le dimanche 28 juillet.  Elle souffrait depuis un an et demi d’insuffisance hépatique chronique d’origine inconnue, comme expliqué dans sa fiche

Pour Nanesse, tout simplement…

Pour les pensionnaires de l’Oasis, le passé vécu est malheureusement trop souvent synonyme d’ »imparfait » ! Heureusement, la vie offerte au refuge leur fait découvrir un présent bien plus agréable et, parfois même, ils peuvent envisager un nouveau futur dans une famille d’adoption.
Cependant, il arrive parfois pour certains de nos amis et malgré toute l’attention quotidienne de Muriel que leur situation empire et aboutisse à une issue fatale, comme pour Nanesse…
Nanesse, je ne l’ai pas connue lors de son accueil au refuge. Muriel m’a expliqué qu’elle était obèse, les pieds en babouche et laissée sans soins. Quand j’ai commencé mon travail de bénévole, elle avait déjà bien maigri. M’occuper d’elle consistait simplement à glisser le petit bol bleu garni de grains sous la barrière. Je tentais bien quelquefois de la brosser, mais elle refusait le contact. Alors, lorsqu’elle et ses amis étaient lâchés en prairie, je profitais du rituel qu’elle avait instauré pour glisser subrepticement ma main dans son pelage. En effet, dès que la barrière de son box était ouverte, elle prenait un grand plaisir à frotter longuement, de bas en haut, son encolure sur le montant du box ; et puis, seulement, elle daignait rejoindre ses copains.
Voici quelques mois, elle a commencé à rencontrer de sérieux soucis de santé. Plusieurs pistes ont été explorées : les lombaires, les ovaires, pour, finalement, conclure à de graves problèmes hépatiques. Muriel a mis tout en place pour tenter de la guérir. Visites régulières de la vétérinaire avec prises de sang et échographie, de l’ostéopathe ; traitement à base d’huile d’olive bio. Deux cuillères à soupe dans le bol bleu qu’un des derniers chatons recueillis à l’Oasis adorait lécher. Marie l’avait d’ailleurs surnommée « Olivette ». Olivette, sa vie s’est arrêtée brutalement au bord du chemin : elle a eu le malheur de croiser la route d’un « chauffard » ! Nanesse, c’est la maladie qui a été la plus forte.
Les jours qui ont précédé son grand départ vers le Paradis des ânes, elle continuait étonnamment à se rouler dans la poussière. Le jour du gros orage, elle a même souhaité aller dans sa prairie, sous la pluie ! Comme si elle voulait encore une fois jouir des plaisirs qui rythment la vie des ânes. Et surtout, elle ne fuyait plus le contact avec les humains. Il avait fallu tout ce temps et sa souffrance présente pour qu’elle reprenne confiance. Peut-être aussi, venait-elle chercher un peu de réconfort et de force pour affronter le grand voyage…
Petite Nanesse, je n’ai jamais réussi en deux ans et demi de bénévolat à l’Oasis à te brosser. Pourtant, je voudrais te dire merci pour le cadeau que tu m’as offert. Samedi, la veille du jour où ton chemin s’est arrêté, tu m’as laissé te caresser longuement et j’ai pu ainsi te dire au revoir. Je sentais au fond de moi que c’était la dernière fois que je te voyais…
Pour la première fois, je suis triste en écrivant pour la revue, mais je sais que tu es partie directement vers le Paradis des longues oreilles, emportée dans la bulle d’amour dont Muriel, sa famille et les bénévoles t’ont entourée.
Biz’âne la main sur le cœur, Petite Anesse.

Catherine

   
   
   
   
   
   
   
   
   
   
   

Prière pour aller au paradis avec les ânes

Lorsqu'il faudra aller vers vous, Ô mon Dieu faites
que ce soit par un jour où la campagne en fête
poudroiera. Je désire ainsi que je fis ici-bas,
choisir un chemin pour aller, comme il me plaira,
au Paradis, où sont en plein jour les étoiles.
Je prendrai mon bâton et sur la grand route
j'irai, et je dirai aux ânes, mes amis :
Je suis Francis Jammes et je vais au Paradis,
car il n'y a pas d'enfer au pays du Bon Dieu.
Je leur dirai : Venez, doux amis du ciel bleu,
pauvres bêtes chéries qui, d'un brusque mouvement d'oreilles
chassez les mouches plates, les coups et les abeilles...
Que je vous apparaisse au milieu de ces bêtes
que j'aime tant parce qu'elles baissent la tête
doucement, et s'arrêtent en joignant leurs petits pieds
d'une façon bien douce et qui vous fait pitié.
J'arriverai suivi de leurs milliers d'oreilles,
suivi de ceux qui portaient au flanc des corbeilles,
de ceux traînant des voitures de saltimbanques
ou des voitures de plumeaux et de fer blanc,
de ceux qui ont au dos des bidons bosselés,
des ânesses pleines comme des outres, aux pas cassés,
de ceux à qui l'on met de petits pantalons,
à cause des plaies bleues et suintantes que font
les mouches entêtées qui s'y groupent en ronds.
Mon Dieu, qu'avec ces ânes je vous vienne.
Faites que dans la paix, des anges nous conduisent
vers des ruisseaux touffus où tremblent des cerises
lisses comme la chair qui rit des jeunes filles,
et faites que, penché dans ce séjour des âmes,
sur vos divines eaux, je sois pareil aux ânes
qui mireront leur humble et douce pauvreté
à la limpidité de l'amour éternel

Francis Jammes