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Pompon et Tommy

 

Le 18 février, le refuge a accueilli en urgence Pompon dont  le pronostic vital était sérieusement engagé.
Pompon était le compagnon de pré de Tommy.  En fait, Pompon ne vient pas de chez nous, contrairement à Tommy, qui a été adopté au refuge pour lui tenir compagnie.  Même si Tommy se porte à merveille, il est quand même revenu au refuge pour ne pas qu’il reste seul pendant la prise en charge de Pompon.  Les propriétaires de Pompon ne connaissent pas son âge exact, car ils l’ont récupéré d’un autre endroit mais, d’après une estimation, il serait âgé d’environ 25 ans.
L’histoire débute lors de la visite du maréchal-ferrant.  Ce dernier remarque que Pompon a anormalement maigri et se rend rapidement compte qu’il n’arrive plus à manger correctement.  Les propriétaires font alors appel à la dentiste équine.  Sa dentition est dans un triste état et l’empêche clairement de s’alimenter.  Afin de le soulager au mieux, trois dents sont extraites mais de nombreuses autres balancent et se déchaussent.  La dentiste leur signale donc qu’il faudra complémenter Pompon et l’alimenter, comme c’est le cas pour beaucoup de séniors, avec du Pré Alpin (foin haché).
Le jour suivant les soins dentaires, Pompon s’est couché et était trop affaibli pour pouvoir se relever.  Lors de ses nombreuses tentatives infructueuses pour essayer de se lever, il s’écorche au niveau des coudes. L’antérieur droit est plus fortement atteint.  Le vétérinaire intervient et administre un anti-inflammatoire et un antidouleur.
Les propriétaires se présentent le lendemain au refuge pour pouvoir être dépannés en Pré Alpin.  Nous étions un samedi et il était impossible d’acheter un sac avant lundi.  Ils m’expliquent alors toute l’histoire et ce qui s’est passé avec leur âne.  J’insiste aussi sur le fait qu’il faut absolument réalimenter progressivement Pompon, par petites quantités, mais très souvent, puisqu’il est dénutri et qu’il faut l’aider à se relever le plus souvent possible.  Je les dépanne donc en Pré Alpin pour tenir jusqu’au lundi.  A ce stade, la situation est préoccupante mais semble sous contrôle, les propriétaires étant conscients qu’il faut le réalimenter et l’aider à se lever.
Cependant, les jours suivants, la situation s’aggrave.  Les nouvelles prises par téléphone ne sont pas bonnes du tout.  Le vétérinaire vient tous les jours mais Pompon continue à s’affaiblir et n’arrive même plus à tenir sur ses pieds, une fois mis debout et soutenu.  Son pronostic vital est sérieusement engagé et le vétérinaire envisage de l’euthanasier le lendemain. 
Je me suis donc rendue sur place, car j’avais du mal à accepter et à comprendre pourquoi il continuait à décliner.  Il est apparu que les propriétaires ne parvenaient pas à gérer la prise en charge qui était devenue très lourde.  Il fallait le lever le plus souvent possible et donc faire appel aux voisins disponibles pour avoir quatre personnes mais, une fois debout, il ne tenait plus et retombait aussi vite.  Trop longtemps couché, le transit intestinal devenait très difficile et il ne parvenait presque plus à crottiner.  Les apports alimentaires étaient, de toute évidence, trop faibles. Dans son état, il était indispensable de l’alimenter souvent et à intervalles réguliers c’est-à-dire le jour mais également la nuit.  La prise en charge devait être faite de manière intensive.
Malgré son état alarmant, Pompon avait toujours l’œil vif, il avait de l’appétit et se battait pour survivre.  Il ne lâchait pas du tout prise.  Il était impératif de l’aider.
Au vu de la situation qui allait mal se terminer, j’ai donc proposé de le transférer au refuge pour tenter de le sauver même si ses chances de survie étaient particulièrement faibles.  Nous étions, d’une part, mieux équipé (palan, lampe chauffante…) et, d’autre part plus nombreux pour le lever régulièrement.  Me lever la nuit pour l’alimenter et le soigner ne me posait pas problème non plus.  Cela fait partie de la vie d’un refuge, lorsque nous sommes confrontés à des cas graves.  C’était vraiment l’opération de la dernière chance mais j’y croyais.
Il est donc arrivé le mardi au refuge.  Nous l’avons porté du box dans le van (4 personnes) et de même à l’arrivée au refuge.  Afin d’éviter tout accident dans le van, puisque Pompon a été transporté couché, nous avons fait un deuxième voyage pour aller rechercher Tommy qui était resté seul.
Françoise, notre vétérinaire est intervenue de suite.  Les chances de survie étaient très faibles.  Une prise de sang a été réalisée en urgence.  Le taux de protéines était effondré : il avait consommé toutes ses réserves.  Il présentait aussi une fonte complète des muscles.  Par contre, tous les organes vitaux fonctionnaient encore correctement même si certains commençaient à souffrir de son état de détresse.  En résumé, la prise de sang était le reflet d’un âne cachectique, complètement dénutri.  A son arrivée, il était également en hypothermie.  Son rythme cardiaque était beaucoup trop élevé et il souffrait d’un souffle au cœur.  Le transit intestinal était également difficile car il restait tout le temps couché et n’avait même pas la force de changer de côté, ce qui devait être fait par nos soins.  Il était donc régulièrement retourné pour faire remuer les intestins et tenter de limiter les escarres.  Il a été mis sous baxter le jour de son arrivée pour le réhydrater.  Une lampe à infrarouge a été placée au-dessus de lui pour lui procurer de la chaleur ainsi qu’une couverture.
Il a fallu trois semaines de soins intensifs (de jour comme de nuit) pour qu’il puisse enfin se lever seul.  Il était alimenté la première semaine 8 fois par jour, puis les deux autres semaines 6 fois par jour (repas répartis sur les 24h).  Le palan était utilisé pour le mettre en position debout, ce qui l’aidait pour uriner mais surtout pour rétablir le transit intestinal.  L’évolution s’est faite progressivement.  Au début, complètement tenu par le palan, car il ne prenait même pas appui sur ses pieds.  Puis, il a commencé à tenir debout avec le soutien du palan.  Ensuite, le palan servait juste à le mettre en position debout et il arrivait à tenir seul, peu de temps au début puis de plus en plus longtemps. Enfin, il a été capable de donner un peu d’impulsion.  A ce stade, le palan n’était plus nécessaire mais l’aide de deux personnes était indispensable pour qu’il puisse se redresser.  Sur la fin, une seule personne suffisait pour l’aider à se lever. 
                                

Après trois semaines, il a réussi à se mettre debout seul.  Quel soulagement !  C’était une vraie victoire et une renaissance.  Mais, deux jours plus tard, il a développé un œdème à la jambe déjà blessée lors de son transfert.  Ses déplacements tout récents étaient donc rendus difficiles.  De l’infection était également présente ce qui a nécessité de le mettre sous antibiotiques pour le protéger.  Heureusement, après de nombreux soins de désinfection et de bandage, tout est rentré dans l’ordre.  La jambe a dégonflé et il a pu se mobiliser normalement.  Il était clair, à son attitude, qu’il était fier et heureux de pouvoir se déplacer.  A l’heure actuelle, il est entièrement guéri et nécessite juste encore des soins locaux pour la cicatrisation complète des escarres.
Durant cette épreuve, j’ai eu la chance d’apprendre à connaitre ce petit âne volontaire qui partageait la pâture de notre âne Tommy, depuis déjà 11 ans et qui s’est vraiment battu pour rester en vie.  Son envie de vivre était indispensable pour réussir ce sauvetage.  C’est  un petit âne très vif, un brin facétieux et, même si les circonstances étaient stressantes et loin d’être réjouissantes au départ, nous sommes heureux d’avoir pu croiser sa route.  Ses propriétaires viennent régulièrement lui rendre visite.
C’est un réel plaisir de le voir maintenant, complètement remis sur pied, profiter de la vie.  Il arrive en courant vers nous et fait des petits bonds comme un jeune cabri.