Noireau

 

 

Victor et Noireau sont deux hongres, âgés respectivement de 18 et 14 ans, et accueillis au refuge le 04 mars 2016.
La raison de l’abandon est le décès du propriétaire et le placement de son épouse en maison de repos.  La famille cherchait depuis plusieurs mois une solution de placement pour les ânes.  Ils étaient d’ailleurs inscrits sur notre liste d’attente depuis le mois de novembre vu que le refuge affiche complet et que nous n’acceptons plus que les grosses urgences. 
A la mi-février, Martine, la responsable de l’asbl Naturânes à La Hulpe me contacte pour savoir si nous ne savons pas les accueillir car elle avait aussi été sollicitée par la famille.  Très sensibilisée aussi par l’avenir de tous ces ânes laissés pour compte et pour lesquels nous n’avons pas de solution, nous avons pas mal discuté.  Elle-même propriétaire de 6 ânes avec lesquels elle organise des stages pour enfants, anniversaires et autres activités avec eux, elle avait la possibilité de jouir d’une petite pâture jusqu’au mois de mai, ce qui d’une part nous laissait un peu de temps pour nous retourner et d’autre part, une demande d’adoption pour le mois de mai se profilait.  La difficulté pour elle étant d’assumer financièrement deux ânes supplémentaires, une solution de collaboration a été trouvée afin de venir en aide aux deux ânes.  L’asbl Naturânes prenait les deux ânes jusqu’au mois de mai et s’engageait à les manipuler et à les sociabiliser.  En contrepartie, notre refuge intervenait financièrement pour les soins vétérinaires et de maréchalerie et s’engageait à les prendre en charge (adoption) à partir du mois de mai. 
Tout était bien dans le meilleur des mondes sauf que…  Martine avait pris le soin de contacter le vétérinaire des anciens propriétaires pour connaître l’état sanitaire des ânes.  Pour lui, tout était correct sauf les pieds.
Arrivés chez Naturânes, le maréchal-ferrant intervient pour tenter de redresser les pieds fortement en babouches et très déviés et n’arrive pas à le faire en une fois.  Le vétérinaire de la dame est également appelé car, contrairement aux renseignements donnés, il n’y a pas que les pieds qui posent problème.  Ils ne sont plus du tout en ordre de vaccination et sont infestés par les poux.  Lorsqu’il examine Noireau, il remarque également la présence d’une sarcoïde volumineuse au fourreau.  Vu la taille de la sarcoïde et le caractère récidivant après chirurgie de ce type de tumeur, il conseille à la dame de l’euthanasier.  Heureusement, la dame ne prend pas la décision de suite et demande à réfléchir.  Elle nous contacte donc, bouleversée par la nouvelle, pour nous expliquer ce qu’il en est. 
Après avoir consulté les photos, il est clair que vu l’ampleur de la sarcoïde une chirurgie n’est pas envisageable mais cela fait déjà longtemps que nous n’avons plus recourt à la chirurgie pour ce type de problème.  Nous utilisons une pommade d’une efficacité remarquable et qui, jusqu’à présent, malgré un bon nombre d’ânes arrivés au refuge avec ce problème et d’ânes de propriétaires que nous avons suivis en dehors du refuge, n’a jamais donné de récidive.
J’ai donc expliqué à Martine tout ce qu’on sait, à l’heure actuelle, sur ce type de tumeur.


L’ensemble de sarcoïdes (heureusement tous situés au fourreau) dont souffre Noireau est en effet déjà important et, bien sûr, la tumeur ne date pas d’hier…
Positive grâce aux nombreux cas déjà soignés par cette pommade (au refuge et ailleurs), j’ai donc proposé à Martine de tenter les soins de Noireau, l’euthanasie me semblait en effet un peu radicale et même choquante face à ce problème.
Décision a donc été prise de commun accord de faire revenir Victor et Noireau au refuge afin de prendre en charge ces soins plus spécifiques.  De toute façon, la possibilité d’adoption qui était envisagée au mois de mai tombait à l’eau puisque nous ne mettons pas à l’adoption des ânes ayant été atteints par des sarcoïdes.  Il est en effet important de garder chez ces ânes un bon système immunitaire afin d’éviter toute récidive.  Nous préférons donc les garder au refuge et s’assurer du suivi.
A leur arrivée chez nous, je remarque de suite en observant manger Victor qu’il souffre également de problèmes dentaires.  Véronique, notre vétérinaire spécialisée en dentisterie équine, vient donc leur rendre visite.  Elle parvient à bien soulager Victor.  Noireau est fait également (problèmes moins importants mais quelques surdents à limer ça et là).  L’intervention de notre maréchal-ferrant est également programmée car les pieds ne sont toujours pas corrects mais, pour leur bien-être, on évite de tout faire en même temps et on place donc des priorités (dents et sarcoïde).  Françoise, notre vétérinaire, détecte aussi un problème de foie chez Victor.  Pas étonnant étant donné que, chez les anciens propriétaires, ils mangeaient des quantités importantes de pains et de résidus de céréales mélangés à de la mélasse.   Soit, tout ce qu’il ne faut pas donner à un âne…  Martine avait déjà commencé une alimentation normale pour eux mais ils ont été soumis à ce régime pendant des années !
J’ai donc déjà appliqué la pommade chez Noireau.  Cela réagit très bien mais, au vu de l’ampleur des sarcoïdes et surtout de leur ancienneté, je suis obligée de faire des arrêts plus long qu’une semaine afin d’éviter une inflammation trop importante et donc de provoquer une douleur.  Courage, Noireau, nous y arriverons.
Je tiens à remercier de tout cœur Martine de l’asbl Naturânes qui, même si notre collaboration a été stoppée suite aux évènements, s’est bien investie pour sauver Victor et Noireau.  Je sais que d’autres personnes autour d’elle ont également aidé et je les en remercie vivement aussi.  Je lui transmets bien sûr les nouvelles et il est prévu qu’elle vienne leur rendre visite chez nous.
                                                                                                           Muriel

 


                                                                                                                                                                


 

 

Pour rappel, la sarcoïde est une tumeur bénigne de la peau.  On la rencontre proportionnellement plus souvent chez l’âne que chez le cheval.  Elle touche en général des individus jeunes (souvent en dessous de 10 ans).  Cette tumeur peut prendre différents aspects (verruqueux, plat, sanguinolent,…).  L’animal peut être atteint à un seul endroit ou à plusieurs endroits à la fois par un type ou par plusieurs types en même temps.  Il semble que la sarcoïde soit indolore mais, suivant sa localisation ou son ampleur, elle peut gêner l’animal ou sa manipulation.  De plus, la tumeur a souvent tendance à grossir et à se multiplier, il faut donc idéalement intervenir le plus rapidement possible.  Les raisons de l’apparition de sarcoïdes ne sont pas encore très claires.  Ce que l’on sait c’est qu’il s’agit d’un virus ayant un lien avec « les verrues » des bovins (papillome) probablement transmis par un insecte piqueur.  C’est la raison pour laquelle on trouve la plupart des animaux atteints dans ce qu’on appelle les régions « à vaches » (Belgique, nord de la France),  cette pathologie étant beaucoup plus rare dans le sud de la France par exemple.
D’après les études réalisées, certains animaux ont une prédisposition génétique à développer ce type de tumeur.  D’après certaines recherches, les jeunes dont au moins un des parents souffre ou a souffert de sarcoïdes ont un risque accru d’en développer un jour.  Il est donc plus prudent d’éviter de laisser reproduire des sujets atteints.  Une chose claire également à présent est que le niveau d’immunité de l’animal joue un rôle essentiel dans l’apparition de cette tumeur.  En effet, il existe sans aucun doute, des individus porteurs du virus qui ne développeront jamais le problème.  Les ânes atteints étant très souvent immunodéprimés.
A ce jour, aucun traitement n’est efficace à 100 % et cette tumeur a souvent tendance à récidiver.  Plusieurs traitements existent : chirurgie, traitements par le froid, laser,…  On opte en général pour certains plutôt que d’autres en fonction de l’emplacement de la tumeur et de l’ampleur de cette dernière.  Depuis plusieurs années, il existe aussi une pommade fabriquée aux Etats-Unis et distribuée en Europe via l’Allemagne, avec laquelle on obtient de fantastiques résultats.  Cette dernière évite l’hospitalisation de l’âne et a l’avantage de faire réagir le système immunitaire.  En outre, elle n’attaque pas les tissus sains contrairement à certaines autres pommades disponibles sur le marché.

 

 

Noireau :


Le mardi 5 avril, j’appelle d’urgence notre vétérinaire car je découvre Noireau couché et il refuse de manger.  La veille au soir, il était tout à fait normal et s’était nourri.
Après auscultation et examen général, le diagnostic tombe : torsion d’intestin.  Les torsions sont des coliques graves avec une issue souvent fatale.  Le risque de nécrose étant important.  Pour moi, c’est un vrai coup de massue, cinq jours à peine après le décès de Réglisse. 
Il s’agit du troisième cas de torsion au refuge.  En 2008, c’est chez Fripouille (arrivée au refuge 2 mois plus tôt avec son fils Picotin).  Elle avait été transférée à la clinique vétérinaire et y était décédée.  Ensuite, en 2014, c’est chez Cannelle. Là,  j’avais pris la décision de ne pas le transférer à la clinique et de faire les soins au refuge.  Il s’en était miraculeusement sorti après trois jours. Il se porte aujourd’hui toujours à merveille.  Pour Noireau, j’essaye donc de rester positive et de tenter le tout pour le tout au refuge pour lui éviter le stress du transfert mais surtout, avec l’espoir, que l’expérience de Cannelle se renouvelle !
Trois jours et surtout trois nuits de soins (deux à le promener toutes les deux heures et la troisième à surveiller un baxter s’écoulant en goutte à goutte) ont été nécessaires ! Mais le résultat en valait la peine car il a également pu être sauvé. 
La vétérinaire spécialisée en médecine interne ambulatoire est venue pour réaliser une échographie.  Elle a confirmé vendredi que l’intestin était encore déplacé mais qu’il n’y avait plus de torsion et aucune nécrose.  Ouf !
Ce n’est que le lundi que tout est revenu à la normale.
Mais si vous avez bien suivi l’histoire de Noireau, vous n’avez sans doute pas oublié qu’il s’agit aussi de l’âne arrivé avec quantité de sarcoïdes et carcinomes au niveau du fourreau.
Avant de pouvoir se concentrer sur cet autre problème, il a aussi fait cinq gros abcès sur le flanc droit et le ventre.
Pas très grave en fait mais l’apparition de ces abcès est restée un mystère.  Il avait sans doute peur qu’on s’ennuie…
Une fois tout cela soigné, retour aux tumeurs dont j’avais suspendu tout traitement en raison des évènements.  Les deux sarcoïdes présentes étaient tombées grâce à la pommade.  Il reste donc les carcinomes, plus difficiles à faire partir.
Les carcinomes sont des tumeurs souvent malignes contrairement aux sarcoïdes qui sont bénignes. 
Noireau est fortement atteint et le problème ne date pas d’hier mais probablement de plusieurs années.  Face à ce type de tumeurs cutanées, plus vite on agit, mieux c’est car elles prolifèrent.

Vu leur ampleur chez Noireau, une chirurgie n’est pas envisageable.  J’ai donc continué, suivant les conseils de notre vétérinaire, à appliquer la pommade.  Ils réagissent mais, contrairement aux sarcoïdes qui se détachent assez facilement, il se forme des croutes sur l’extérieur qui finissent par tomber.  Leur grosseur se réduit donc mais très lentement.  Cela risque de mettre très longtemps.  En fonction de l’évolution, on verra si on continue la pommade ou si, arrivé à un certain stade, une chirurgie est envisageable.
 
     
     
 

 

 

 

Date d’arrivée au refuge : 4 mars 2016
Provenance :
Date de naissance :
Sexe : hongre
Taille :
Robe :
Signe particulier :